C’est un résultat historique et une véritable sonnette d’alarme pour l’Allemagne et pour l’Europe. Ce dimanche 6 septembre 2026, l’Alternative für Deutschland, l’AfD, a remporté très largement les élections régionales en Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne. Avec environ 44 % des suffrages, le parti d’extrême droite réalise le plus important succès électoral régional de son histoire.
Le résultat prend une dimension particulière dans un pays profondément marqué par le nazisme, la Shoah et la Seconde Guerre mondiale.
Quatre-vingt-un ans après 1945, une formation classée à l’extrême droite devient ainsi, de très loin, la première force politique d’un Land allemand.
L’AfD écrase ses concurrents.
Elle obtient environ 44 % des voix, plus du double de son résultat de 2021, lorsqu’elle avait recueilli 20,8 % en Saxe-Anhalt.
La CDU, qui dirigeait le Land depuis de nombreuses années, subit à l’inverse une lourde défaite.
La participation elle-même est particulièrement élevée : selon les données communiquées dans la soirée, elle atteint environ 78 %, contre un peu plus de 60 % en 2021.
Ce scrutin ne peut donc pas simplement être expliqué par une faible mobilisation électorale.
Une partie considérable de la population s’est déplacée aux urnes et a choisi l’AfD.
Le résultat de ce dimanche doit être regardé comme une véritable sonnette d’alarme.
Il ne s’agit plus d’un petit parti protestataire situé aux marges du système politique allemand.
Il ne s’agit plus non plus d’une menace électorale hypothétique.
Avec environ 44 % des suffrages, l’AfD est désormais capable de rassembler presque un électeur sur deux dans un Land allemand.
Et cette progression intervient alors que la fédération AfD de Saxe-Anhalt est officiellement classée par le service régional de protection de la Constitution comme une organisation d’extrême droite avérée.
Les autorités de Saxe-Anhalt expliquent avoir documenté au sein de cette organisation des déclarations racistes, hostiles aux musulmans et antisémites. Elles considèrent également que certaines conceptions défendues par cette fédération s’opposent à des principes fondamentaux de la Constitution allemande, notamment la dignité humaine et le principe démocratique.
Le programme défendu par l’AfD en Saxe-Anhalt prévoit notamment un durcissement considérable de la politique migratoire.
Le parti souhaite accélérer les expulsions, réduire plusieurs politiques d’intégration et placer les enfants de réfugiés dans des classes séparées.
Sur les questions de société, l’AfD défend également une conception très traditionnelle de la famille et combat plusieurs politiques de visibilité LGBTQ+.
Son programme prévoit notamment l'interdiction des drapeaux arc-en-ciel dans les établissements scolaires et met en avant un modèle familial centré sur le père, la mère et les enfants.
L’AfD veut également profondément modifier les politiques éducatives et culturelles afin de renforcer ce qu’elle présente comme une identité nationale allemande.
Dans n’importe quel pays européen, un tel résultat constituerait un bouleversement politique.
Mais en Allemagne, sa portée est encore différente.
Après la catastrophe du nazisme, la Shoah et la Seconde Guerre mondiale, la République fédérale allemande s’est construite autour d’une démocratie particulièrement vigilante face aux mouvements extrémistes.
Pendant des décennies, une véritable barrière politique a empêché les partis d’extrême droite d’accéder au pouvoir.
Aujourd’hui, cette barrière est soumise à une pression sans précédent.
L’extrême droite n’est pas encore à la tête du gouvernement de Saxe-Anhalt. Mais elle se trouve désormais aux portes du pouvoir régional.
La distinction est importante.
Les principales autres formations politiques refusent jusqu’à présent de gouverner avec l’AfD. La composition définitive du Parlement régional et les futures alliances détermineront donc si Ulrich Siegmund peut réellement devenir ministre-président.
Mais politiquement, quelque chose a déjà changé.
Il serait cependant trop simple de considérer que tous les électeurs ayant choisi l’AfD sont racistes, antisémites ou hostiles aux minorités.
Les motivations sont beaucoup plus diverses.
L’insatisfaction vis-à-vis du gouvernement fédéral est considérable. Les préoccupations concernant le pouvoir d’achat, l’économie, l’immigration, la sécurité sociale ou encore le sentiment d’abandon d’une partie de l’est de l’Allemagne ont largement alimenté le vote protestataire.
Comprendre ces inquiétudes est indispensable.
Car combattre l’extrémisme ne consiste pas uniquement à dénoncer ses idées.
Les partis démocratiques doivent également répondre aux difficultés concrètes qui poussent une partie croissante de la population vers les formations radicales.
Ce qui se passe en Saxe-Anhalt dépasse donc largement les frontières allemandes.
Dans plusieurs pays européens, les partis nationalistes, populistes ou d’extrême droite progressent.
Mais l’Allemagne possède une histoire particulière.
C’est précisément pour cette raison que le résultat de ce dimanche prend une dimension symbolique aussi forte.
Quatre-vingt-un ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, une formation classée à l’extrême droite rassemble autour de 44 % des électeurs d’un territoire allemand et peut désormais envisager sérieusement d’en prendre la direction.
L’extrême droite n’est pas encore officiellement au pouvoir en Saxe-Anhalt.
Mais elle n’a jamais été aussi proche d’exercer le pouvoir régional dans l’Allemagne de l’après-guerre.
Une page politique vient de se tourner. Et pour les démocraties européennes, cette victoire doit être entendue comme une sonnette d’alarme.