Cayenne, cité Mont-Lucas. C’est ici, dans ce quartier populaire de Guyane marqué par les défis sociaux mais aussi par une vitalité citoyenne profonde, que se tisse le récit de Kouté Vwa, un film sensible et engagé signé par le réalisateur Maxime Jean-Baptiste. Bien plus qu’un hommage à Lucas Diomar, jeune homme assassiné en 2012, c’est un appel vibrant à l’écoute des voix trop souvent étouffées par le vacarme de l’indifférence.
Et parmi ces voix, celle de Nicole Diomar résonne avec une intensité toute particulière.
En mars 2012, Lucas Diomar, 18 ans, passionné de musique, est poignardé à mort lors d’une fête. Ce drame secoue la Guyane, et particulièrement la cité Mont-Lucas. Mais au lieu de se replier dans la douleur, Nicole Diomar, sa mère, fait un choix rare : transformer sa peine en levier d’action et d’espoir.
Secrétaire générale de l’Association Citoyenne Mont-Lucas, elle s’est imposée comme une figure de référence pour les habitants. "Ils m'ont pris mon fils, mais ils ne me prendront pas ma voix", confie-t-elle dans une séquence bouleversante du film.
Kouté Vwa (« Écouter les voix » en créole) n’est pas un documentaire classique. C’est un récit hybride, entre fiction et réalité, porté par le regard du jeune Melrick – le neveu de Lucas – qui revient dans le quartier de son enfance. À travers ses yeux, le spectateur découvre la mémoire collective du Mont-Lucas, faite de blessures, de musiques, de résistances silencieuses et de paroles libérées.
Nicole Diomar y joue son propre rôle. Elle n’incarne pas seulement une mère endeuillée, mais une passeuse d’histoire et de valeurs. Dans le film, elle transmet à Melrick la force de la musique, l’importance de se souvenir, et l’art difficile du pardon. Son engagement, tout en retenue et en force tranquille, éclaire le film d’une lumière humaine inoubliable.
Au-delà de l’écran, Nicole Diomar agit. À Mont-Lucas, elle milite sans relâche pour l’éducation, la mémoire et la réconciliation. Sous son impulsion, l’Association Citoyenne Mont-Lucas multiplie les initiatives : soutien scolaire, actions culturelles, sensibilisation à la non-violence, hommages aux victimes.
« Nous avons le droit d’exister autrement que dans les rubriques des faits divers », rappelle-t-elle souvent lors de rencontres avec les jeunes du quartier. Pour elle, le cinéma est un outil, mais l’espoir se construit surtout au quotidien, dans la dignité, dans le vivre-ensemble, dans l’action des habitants eux-mêmes.
Si Kouté Vwa se déroule en Guyane, son message dépasse les frontières : il parle de familles brisées, de quartiers oubliés, de violences gratuites – mais surtout de la capacité des individus et des habitants à se relever et à faire entendre leur humanité.
Nicole Diomar incarne cette résilience. Elle est la preuve vivante que le courage peut se conjuguer avec douceur, et que la justice peut cohabiter avec la dignité. Par sa présence, elle rappelle une vérité simple : écouter les voix, c’est aussi reconnaître leur droit à transformer le monde.
Kouté Vwa n’est pas seulement un film. C’est un appel à la conscience collective, porté par des visages vrais et des voix longtemps oubliées.
Et parmi elles, celle de Nicole Diomar, qui dit sans détour :
"Je ne veux pas qu’on se souvienne de Lucas seulement parce qu’il est mort. Je veux qu’on se souvienne de lui pour ce qu’il était : un jeune homme plein de vie, de musique et de rêves."
À travers ce film, elle nous tend un miroir. À nous de l’écouter.