06 août 2025 - 1886 vues
Poumon vert de la France, la forêt guyanaise couvre 8 millions d’hectares, soit 96 % du territoire de la Guyane et près d’un tiers de la forêt française. Ce sanctuaire de biodiversité stocke 27 % du carbone forestier national et joue un rôle crucial contre le changement climatique. Mais derrière cette richesse écologique se cache un constat alarmant : sous-exploitation économique, menaces environnementales, orpaillage illégal massif et gestion éclatée.
Un potentiel sous-exploité
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Bois : à peine 70 000 m³/an produits sur 2,4 millions d’hectares exploitables, concentrés sur seulement trois essences. Objectif de tripler la production d’ici 2029 : hors d’atteinte dans l’état actuel.
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Or : l’orpaillage illégal représente jusqu’à 900 M€ par an, soit 5 à 10 fois la production légale, avec une empreinte écologique et sanitaire dramatique.
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Sylviculture : aucune plantation productive à grande échelle depuis les années 1970 ; les projets récents sont encore expérimentaux.
Des menaces cumulées
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Orpaillage illégal : destruction de milliers d’hectares, pollution au mercure, insécurité, coût de réhabilitation estimé à 23 M€ par an.
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Changement climatique : hausse des températures, sécheresses, dépérissements visibles depuis 2020. La forêt pourrait passer de puits à source de carbone.
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Millefeuille réglementaire : cinq zones géographiques, superposition de statuts de protection, manque de clarté juridique, ralentissant à la fois exploitation et préservation.
Ce que recommande la Cour des comptes
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Clarifier les zones relevant du régime forestier, notamment celles transférées aux collectivités et communautés locales.
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Réviser le plan régional forêt-bois, adapter la gestion aux réalités guyanaises.
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Renforcer la structuration de la filière bois et le contrôle de la filière aurifère.
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Lutter plus efficacement contre l’orpaillage illégal.
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Mieux articuler protection de la biodiversité, développement économique et droits des populations locales.
Une urgence nationale
La forêt guyanaise est à la fois un patrimoine universel et un capital économique stratégique. Sans un engagement fort, coordonné et durable de l’État, elle risque de perdre son rôle écologique, économique et culturel. La protéger, c’est aussi investir dans l’avenir climatique et social de la France.





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