Guyane: Les professionnels de santé face à l’insécurité, mais porteurs d’espoir


18 juillet 2025 - 2581 vues

En Guyane, les professionnels de santé font face à une insécurité grandissante. Agressions verbales, menaces, violences physiques, voire drames humains : l’Atlas des agressions 2024-2025, publié par l’URPS Médecins de Guyane, dresse un état des lieux saisissant. Mais au cœur de cette réalité difficile, des signaux positifs émergent : les lignes bougent, la mobilisation s’intensifie, et des solutions innovantes voient le jour.

Un territoire sous tension, mais conscient du défi

Dans un contexte régional marqué par la violence et une crise sanitaire durable, les actes de malveillance envers les soignants se multiplient. En un an, au moins onze cas graves ont été recensés, touchant médecins, infirmiers et pharmaciens.

Des faits marquants :

À Matoury, un médecin libéral a été agressé physiquement par un proche de patient (octobre 2024).

À Cayenne, un gériatre a été menacé avec une arme (juin 2024).

À Maripasoula, une infirmière a été victime d’un viol lors d’un cambriolage à son domicile (mars 2025).

À Saint-Laurent-du-Maroni, une pharmacienne a perdu la vie lors d’une agression en pleine ouverture de pharmacie (avril 2024).

Ces incidents ne sont pas isolés. Ils traduisent un malaise plus profond lié à la pénurie de soignants, à la surcharge des structures médicales et aux tensions sociales.

Une mobilisation croissante des acteurs locaux

Malgré cette situation alarmante, les professionnels de santé ne sont plus seuls. Le rapport souligne une avancée majeure : l’isolement des victimes tend à disparaître.

Depuis deux ans, l’URPS Médecins de Guyane, en partenariat avec l’ARS, le CDOM, la police et la gendarmerie, a initié une série d’actions concrètes :

Déploiement de dispositifs d’alerte anti-agression (boutons panique, "police connectée").

Formations spécifiques à la sécurité, organisées avec les forces de l’ordre.

Lancement d’une campagne d’affichage et de sensibilisation à l’insécurité des soignants.

Soutien psychologique et juridique aux victimes, avec visites de solidarité et temps d’écoute.

La 2e Caravane de la sécurité, prévue cette année, portera ces dispositifs jusqu’aux zones les plus reculées du territoire.

Un projet d’avenir : vers un Observatoire régional des violences

L’une des avancées les plus prometteuses réside dans le projet de création d’un Observatoire régional contre les violences en milieu de santé. Cette structure visera à :

Centraliser les signalements.

Produire des statistiques fiables.

Coordonner les actions de prévention.

Accompagner personnellement les professionnels agressés.

Un financement a été sollicité auprès de l’ARS Guyane. L’objectif est de bâtir une réponse durable et adaptée à la réalité du terrain.

Des signaux d’espoir pour demain

Le chemin reste long, mais les dynamiques engagées depuis 2024 montrent que la Guyane refuse de céder à la fatalité. L'implication croissante des autorités, des élus locaux, des syndicats professionnels et des soignants eux-mêmes contribue à une prise de conscience collective.

Comme le souligne le Dr Christian Rohrbacher, président du Syndicat des Médecins de Guyane :

> "La sécurité des médecins est un pilier fondamental de l’attractivité du territoire. Ce combat est aussi un espoir : celui de retrouver des conditions sereines d’exercice et de redonner confiance à toute une génération de soignants."

Conclusion

Face aux violences, la Guyane médicale se dresse, solidaire et inventive. Parce que protéger les soignants, c’est protéger la santé publique, il est plus que jamais temps d’agir. Mais aussi, de croire qu’un autre climat est possible : plus sûr, plus humain, plus respectueux.

 En chiffres (2024 – mi-2025) :

11 agressions graves recensées, dont 1 mortelle.

3 actes impliquant des armes ou des violences physiques lourdes.

1 viol à domicile.

1 projet d’observatoire régional en cours.

+200 professionnels dotés d’un dispositif de sécurité connecté 

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