Drogue en Guyane : sous la poudre, la crise sociale


04 août 2025 - 1129 vues

Entre jungle amazonienne et mirage européen, la Guyane française est devenue l’un des points névralgiques du trafic mondial de cocaïne. Mais derrière l’image d’un territoire de transit, le dernier rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) lève le voile sur une réalité autrement plus alarmante : une crise sociale profonde, où les addictions explosent au rythme de la précarité.

 Cocaïne express : la Guyane, plaque tournante du trafic vers l’Europe

Située aux portes du Brésil et du Suriname, la Guyane est aujourd’hui un hub stratégique du narcotrafic transatlantique. À l’aéroport Félix-Éboué de Cayenne, les « mules » se succèdent, parfois plusieurs par vol. Ingestion d’ovules, cachettes dans des vêtements ou des colis surgelés… rien n’arrête l’inventivité des passeurs.

Et même lorsque les contrôles sont renforcés, les réseaux s’adaptent : détours par les Antilles, recrutement de profils moins « suspects », infiltration des services aéroportuaires. En 2025, onze agents de la police aux frontières ont été condamnés pour complicité dans un trafic de cocaïne. Preuve que l’économie de la poudre contamine jusqu’aux institutions.

 Marché local : drogue à bas prix, danger à haute dose

Ce trafic international engendre un effet collatéral majeur : la surabondance locale de drogues, à des prix défiant toute concurrence. À Cayenne, le gramme de cocaïne se vend dès 10 euros, trois fois moins cher qu’en métropole. Le crack, lui, circule librement dans les quartiers populaires, entre deux bouchées de street food.

Le cannabis est omniprésent – herbe locale, importations du Suriname ou résine venue du Maroc. La MDMA se décline en cristaux, en cachets… et même en version liquide surnommée « Pikachu », très prisée des adolescents. À cela s’ajoute l’absence quasi totale de contrôle numérique : ici, on achète encore à la rue, cash à la main, face au dealer.

 La drogue des oubliés : précarité, crack et rue

Derrière les chiffres se cachent des vies. En Guyane, une personne sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Et pour beaucoup, la drogue n’est pas une distraction festive : c’est une échappatoire quotidienne.

Dans les rues de Cayenne, des scènes ouvertes de consommation s’installent, visibles de tous, notamment autour de la cathédrale ou du marché. Le « blaka jango », mélange de crack et de cannabis fumé dans une cigarette, est souvent la porte d’entrée vers la dépendance.

Polyconsommation, initiations précoces (parfois dès 10 ans), squats, emplois informels, absence de droits sociaux… Le tableau dressé par le rapport est implacable. Et les structures d’aide, elles aussi, sont à bout de souffle.

Prise en charge en détresse : le social en mode survie

CAARUD, CSAPA, associations : les acteurs de terrain font face à une demande explosive, avec des moyens réduits et un turnover épuisant. Les kits de réduction des risques manquent, les hébergements sont rares, les soins difficilement accessibles.

Dans ce contexte, arrêter de consommer devient un luxe, et rester sobre en ville un défi quotidien. Certains usagers témoignent même de leur seul espoir : « fuir la Guyane » pour se reconstruire ailleurs.

Une alerte républicaine

Ce que révèle ce rapport, c’est qu’en Guyane, la drogue n’est pas seulement un fléau sanitaire. C’est le symptôme d’un abandon. Un abandon social, structurel, institutionnel. Un territoire oublié de la République où le crack remplace parfois les politiques publiques.

Alors que la stratégie interministérielle contre les addictions (2023–2027) cite la Guyane comme une priorité, le cri d’alarme est lancé. Reste à savoir s’il sera entendu, au-delà des frontières de la forêt.


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